Le théâtre, parfois, se nourrit de personnages qui ont réellement existé et dont le destin dépasse la fiction. Rien d'étonnant qu'Olivier Schmidt s'empare de la vie incroyable de Louis II de Bavière comme sujet de sa nouvelle pièce Ludwig, actuellement au Théâtre de La Croisée des Chemins. 

Pas simple de résumer la vie d'un monarque passionné d'art, de beauté et de liberté. Et pourtant c'est le pari de Ludwig, une pièce écrite et mise en scène par Olivier Schmidt, actuellement à La Croisée des Chemins. 

Mais une fois n'est pas coutume, commençons par un peu d'histoire... Promis je vais essayer de ne pas être ennuyeux. 

Louis II de Bavière (Ludwig II) est né à Munich le 25 août 1845. Fils aîné de Maximillien II de Bavière et de Marie de Hohenzollern, il est amené à régner.

Mais était-il véritablement prêt pour ça?

Ludwig est un jeune homme sensible, solitaire au caractère fantasque. Il est incompris de ses parents. Son père ne sait comment lui parler et évite de le faire. Sa mère se moque des envolées de son fils et lui préfère son frère Otto. 

Face à ce manque d'amour, le prince héritier se replie sur lui-même.

Il accède au trône à l'âge de 18 ans, dans un contexte politique compliqué.

Dès le début de son règne, il doit faire face  à la politique du chancelier Prussien Bismarck, alors que la Bavière est très proche de l'Autriche. 

Mais la Bataille de Sadowa en 1866, expulse l'Autriche de la sphère allemande et met fin à la Confédaration Germanique. La Bavière se range dès lors aux côtés de la Prusse pendant la guerre de 1870 contre la France. 

Compliqué tout ça, pour le jeune monarque, francophone, qui hait les Prussiens, mais qui souhaite l'Union Allemande.

Bismarck rédige alors pour Ludwig, la Kaiserbrief par laquelle il propose au nom de la Bavière la couronne impériale au Roi de Prusse. Des compensations financières sont prévues et Ludwig se résout à signer cette charte qui met un point final à l'indépendance de la Bavière. 

Que retient l'histoire de ce personnage? Il est connu comme un excentrique, dont l'héritage est étroitement lié à l'histoire de l'art et de l'architecture.

Il est à l'initiative de la construction de plusieurs chateaux parmi lesquels Neuschwastein. 

Erudit et féru de musique, il voua une passion inconditionnelle pour Richard Wagner dont il fut le mécène. 

Il se rêva toute sa vie comme Parsifal, un héros médiéval. 

 

Après des fiançailles rompues avec la Duchesse Sophie-Charlotte de Bavière (soeur d'Elisabeth d'Autriche), il n'eut plus de relations féminines connues. 

Pudiquement on dira qu'il a vécu des amitiés étroites avec des hommes dès son plus jeune âge. Même s'il essaya de lutter contre son homosexualité, de nombreuses lettres et son journal intime, ne laisse aucun doute. Parmi ses amants on peut citer le Prince Paul Von Thurn und Taxis, le comédien Josef Kainz et son écuyer Richard Hornig. 

 

 

A partir de 1871, Louis II de Bavière est un monarque constitutionnel avec des droits et des devoirs et surtout peu de libertés, qui pour exister créa son propre monde dans lequel il se sentait vraiment roi. 

Déclaré fou en 1886, il meurt tragiquement le lendemain de son internement au château de Berg. 

Dans son testament, Louis II de Bavière avait souhaité que tous ses châteaux furent détruits. Mais le gouvernement bavarois a décidé de les ouvrir au public pour démontrer la folie du souverain et rembourser les dettes royales. 

Cette ouverture a contribué à entretenir la popularité de Louis II de Bavière, qui, malgré ses excès, était apprécié de ses sujets. 

 

C'est donc ce personnage qu'Olivier Schmidt a choisi de raconter dans sa nouvelle pièce Ludwig, sur une idée originale de Kévin Maille. 

L'action commence en 1864, dans une Allemagne confrontée entre traditions et modernité, au moment où Ludwig devient roi au grand dam de sa mère. Au fil de scènes intimistes, on découvre ce "Roi Perché", entre passion dévorante pour Wagner, complicité avec Elisabeth, relations interdites avec des jeunes hommes.

Amours, désillusions, mensonges et trahison sont au coeur de cette fable théâtrale teintée de drâme et de folie, qui nous emmène inéxorablement vers la fin tragique du monarque. 

On le sait, Olivier Schmidt est un amoureux des mots et son texte a toute la force, la passion et l'amour nécessaires pour redonner vie à Ludwig.

C'est du grand théâtre, où chaque mot est ciselé comme un cadeau fait aux spectacteurs et aux comédiens qui le jouent. 

Et la pièce doit beaucoup aux acteurs qui se donnent corps et âme à l'interprétation de ces personnages complexes. 

Crédit photo : Franck Harscouët

Julien Hammer campe un Ludwig, à la fois tendre dans sa relation avec Elisabeth, profondément amoureux de Wagner, froid et distant avec sa mère et qui sombre peu à peu dans une folie qui lui sera fatale. Son jeu est juste, prenant, déroutant, on vit avec lui l'évolution du monarque, jusqu'à l'issue finale et dramatique. 

Rafael Vanister est un Wagner, manipulateur et calculateur prêt à tout pour arriver à ses fins, jusqu'à jouer avec les sentiments du jeune Ludwig. On se prend à le haïr aussi fort que Ludwig a pu l'aimer.  

Charlotte Moineau, interprète une Sisi aimante, puissante qui ferait tout pour son jeune cousin avec qui elle a une relation fraternelle fusionnelle. Deux destins trop grands auxquels ils n'étaient pas préparés et qui les ont fait entrer dans l'histoire. Elle joue également une Duchesse Sophie Charlotte à l'opposé d'Elisabeth. 

Séverine Wolff excelle dans le rôle de la Reine, qui ne comprend pas ce fils avec qui elle entretient une relation distante fait de conflits ouverts. Elle est également Cosima Von Bülow, la maitresse de Wagner qui se joue d'elle, comme de Ludwig. Elle se transforme également en une Walkyrie mystérieuse qui accompagne Ludwig dans la mort comme dans un opéra wagnérien...

Quant à Olivier Schmidt, il joue un Richard Hornig amoureux du souverain, fidèle compagnon qui le suivra jusqu'à la fin. 

 

Crédit photo : Franck Harscouët

Une distribution idéale pour cette pièce, éligible aux Petits Molière 2018, qui sera présentée lors du prochain Festival Off d'Avignon.  

Actuellement à l'affiche du théâtre de poche La Croisée des Chemins, on aimerait que cette première série de représentations ne soient que le début d'une longue aventure pour cette pièce, tant ce Ludwig est une réussite qui mérité d'être vu par le plus grand nombre. 

En attendant, si vous souhaitez en savoir plus sur ce Roi perché, n'hésitez à vous rendre à La Croisée des Chemins. Parce que le grand théâtre est aussi dans les petites salles! 

 

Crédit photo Franck Harscouët

Ludwig, une pièce écrite et mise en scène par Olivier Schmidt, avec Julien Hammer, Charlotte Moineau, Séverine Wolff, Rafael Vanister et Oliver Schmidt. 

Au Théâtre La Croisée des Chemins 43 rue Mathurin Régnier 75015 Paris, les jeudis et vendredis à 19h30, jusqu'au 10 novembre 2017. 

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Texte de la pièce

Ludwig : Le destin d'un Roi trop grand pour régner héros de la nouvelle pièce d'Olivier Schmidt.
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