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Moi j'y crois!

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Promotion des arts et de la culture.


Deux grands hommes pour une "Collaboration" au sommet

Publié par Didier Pezant sur 17 Février 2013, 17:49pm

Catégories : #Théatre

Affiche-Collaboration.jpg

 

Collaboration nous emmène au début des années 30 et met en scène deux immenses artistes de l’époque.

 

En panne d’inspiration, porté par une rage acharnée de création, Richard Strauss jette son dévolu sur l’écrivain à succès Stefan Zweig, et lui propose de collaborer à la création d’un nouvel opéra.

 

La pièce nous relate alors la rencontre de ces deux immenses artistes, l’admiration et l’amitié qu’ils éprouvent l’un pour l’autre et qui va les porter pendant la création de « La femme silencieuse ».

 

Mais cette rencontre révèle aussi au grand jour deux caractères bien différents, tandis que la machine Nazi se met implacablement en marche et va bientôt tout contrarier.

 

Nous suivons alors sur un rythme chronologique subtilement mis en scène au cours d’intermèdes musicaux, la montée du Nazisme et son cortège de haine et d’intolérance. Nous suivons également l’évolution de ces deux grands artistes.

 

Stefan Zweig, qui déteste s’entendre rappeler qu’il est juif, est le premier à percevoir les dérives du régime Nazi.

 

Profondément pacifiste, résolument visionnaire dans ses idéaux, il rêve d’une Europe unifiée et vit de plus en plus mal la montée des extrémismes. Tel un écorché vif, il ne cesse d’haranguer Richard Strauss qu’il soupçonne d’être indiffèrent à la situation.

 

Ce dernier semble il est vrai se laisser porter par les évènements. Obnubilé par son art et par la façon de l’exercer au mieux, il se voit contraint d’accepter un poste de président  de la chambre de musique du Reich. Ce poste, dans son esprit, lui épargne les effrayantes perspectives qui entourent sa famille et son ami Zweig. Et surtout, il est l’occasion de poursuivre son travail de collaboration artistique avec son librettiste favori.

 

Cela n’empêchera pourtant pas à « La femme silencieuse » d’être interdit par le régime après trois représentations, alors même que Strauss avait réussi à imposer le nom de Zweig sur les affiches.

 

Cela n’empêchera pas Zweig de s’exiler au Brésil, criant à qui veut l’entendre que le monde est sur le point de sombrer dans le chaos. Il s’y suicidera avec Lotte, sa secrétaire devenue sa compagne.

 

Cela n’empêchera pas Strauss, tourmenté par la disparition de son ami, d’être jugé lors d’un procès en dénazification.

 

Qui d’autre que Michel Aumont et Didier Sandre, deux immenses acteurs de théâtre, pouvaient mieux endosser ces magnifiques rôles ? Leur jeu, tout en subtilité et en nuance, permet de passer de la légèreté à la gravité.

 

Collaboration.jpg

 

Collaboration nous emporte dans la complexité de ces personnages tourmentés.

 

Didier Sandre dévoile une fragilité mêlée d’une troublante angoisse. Michel Aumont atteint le sommet de son art en composant ce personnage d’une rare complexité.

 

La distribution s’accorde parfaitement avec ce duo. Les rôles secondaires soutiennent magnifiquement la comparaison et haussent encore plus le niveau de la pièce.

 

Notons ainsi la présence de Christiane Cohendy, incarnant avec dévouement l’épouse de Strauss. Stéphanie Pasquet, quant à elle, donne au rôle de « Lotte », la compagne de Zweig, une saveur particulièrement touchante.

 

Collaboration, par delà l’histoire de ces deux hommes légendaires, est un hymne à l’amitié, à la passion, et se veut sans compromission. La pièce permet de se replonger dans cette période tourmentée sous un angle original. Elle ne peut nous faire oublier l’indicible de la réalité et des évènements. Elle dépeint enfin la prophétie de Zweig, artiste pacifiste, horrifié par la barbarie annoncée. Alors que les nuages s’accumulent au dessus du vieux continent, nous y découvrons sa vision rêvée d’une Europe unifiée, comme un vibrant appel au secours toujours d’actualité.

 

Au final, Collaboration offre l’un des moments de théâtre les plus intenses qu’il ait été donné de voir ces dernières années sur la scène parisienne.

 

 

 

Colaboration, une pièce de Ronald Harwood créée au Minerva Theatre de Chichester en 2008.
Texte français de Dominique Hollier.
Mise en scène Georges Werler

 

Avec Michel Aumont, Didier Sandre, Christiane Cohendy, Stéphanie Pasquet, Patrick Payet, Eric Verdin, Armand Eloi. Décors Agostino Pace. Lumières Jacques Puisais. Costumes Pascale Bordet. Conception sonore Jean-Pierre Prevost.

Au Théâtre de la Madeleine 19 rue de Surène 75018 Paris, du mardi au samedi 20h30, les samdi et dimanche à 17h00.

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