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Moi j'y crois!

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Promotion des arts et de la culture.


Denis-Martin Chabot sous la question de Didier Pezant...

Publié par Christophe Gheeraert sur 24 Mars 2014, 11:13am

Catégories : #Littérature

 

Denis-Martin-chabot.jpg

 

Comme vous le savez, j'ai demandé il y a quelques semaines à deux auteurs, Didier Pezant et Denis-Martin Chabot s'ils acceptaient de se poser mutuellement des questions. 

 

Après vous avoir livré la première interview, voici donc le deuxième épisode... Aujourd'hui c'est au tour de Denis-Martin Chabot de passer sous le feu des questions de Didier Pezant. 

 

Denis-Martin Chabot est journaliste à la télévision publique canadienne, Radio-Canada. Au delà de son métier, il s'est lancé il y quelques années dans l'écriture romanesque. Son premier roman, Manigances, a d'ailleurs obtenu le prix gros sel 2005. Ce livre est le premier d'une série de 4 ouvrages, avec Pénitence, Innocence et Accointance, regroupés sous le titre générique "Les Histoires du Village". 4 romans pour 4 époques... Les Histoires du Village couvrent la période des années 80 à nos jours. 

 

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Si la plupart des personnages dont on suit les aventures sont gays, les thématiques abordées sont celles qui intéressent un public bien plus large. On y parle d'amour, de l'arrivée du sida, de la peur de vieillir, de la solitude... Tout cela sur fond d'un monde qui change, un monde dans lequel des tours à New-York sont la cible des attentats, où l'on envoie des soldats se battre en Afghanistan au nom de la lutte contre un nouveau terrorisme... 

 

Le monde que Denis-Martin Chabot décrit ici, c'est celui qu'il observe depuis toutes les années qu'il excerce sa profession de journaliste. Cet homme de télévision a une plume incroyable, qui nous emporte avec elle au coeur même des actions et des endroits qu'il dépeint. Dès que l'on se plonge dans un de ces romans; il est difficile de s'en détourner. On se forge des images, comme celles d'un film que l'on suit plan par plan... Les femmes et les hommes qu'il nous présenten sont ceux que l'on croise au quotidien, avec leurs failles, leurs blessures. Ils sont tour à tour touchants, exaspérants, on les aime, on les déteste... Ni tout blanc, ni tout noir, mais toujours un peu gris... Bref des tranches de vie dans lesquelles on finit par se reconnaitre. 

 

Actuellement en France pour présenter son dernier livre, un recueil de nouvelles érotiques, Le Journal Intime de Dominique Blondin (dont je vous parlerai très vite), il se livre un peu plus en répondant aux questions de Didier Pezant! 

 

Selfie

 

Denis-Martin Chabot, vous êtes un journaliste de renom à Radio Canada, mais également un auteur de romans et de pièces. Comment faites-vous pour concilier les deux et votre profession influe-t-elle sur vos écrits? 

 

On sort le journaliste de la salle de la rédaction, mais pas la rédaction du journaliste. Je suis journaliste, et c'est plus qu'un boulot, c'est une mission. Je travaille pour la télé et la radio publique (ainsi que le site web) de Radio-Canada. Mes reportages m'ont mené un peu partout dans le monde, où j'ai découvert des gens fascinants et des cultures enrichissantes. Etre ouvert sur mon homosexualité n'est pas vraiment un problème au travail. Le Canada a depuis longtemps décrété dans ses lois l'interdiction de discriminer contre les personnes LGBT. Le droit au mariage et à l'adoption est inscrit depuis plus de 10 ans. Alors, je ne vois pas en quoi être qui je suis, sans me cacher, nuirait à ma crédibilité journalistique. 

 

Pour ce qui est de mon univers littéraire, il baigne dans les évènements marquants que j'ai couverts comme reporter, des faits divers et les anecdotes recueillies au cours des années. Je m'inspire aussi de la vie en général, de la mienne en particulier. Je transpose le tout, je scénarise, j'écris, je corrige, je réécris, je corrige, je fais réviser et je réécris. Puis quand un éditeur s'intéresse à mon oeuvre, c'est publié. 

 

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Vous avez écrit une magnifique saga de quatre romans sur les histoires du Village de Montréal. Quel était votre objectif au moment d'écrire les premières lignes et que nous apprend-elle sur l'être humain? 

 

Magnifique! Merci du compliment. J'ai écrit cette série, ces chroniques, si vous me permettez d'emprunter le terme à Armistead Maupin (Tales of the City, Les Chroniques de San Francisco), parce que j'avais envie d'écrire des histoires mettant à l'avant-plan des personnages gais. Je lisais beaucoup, je lis encore beaucoup, mais peu des personnages et des intrigues parlaient de moi et des gais. Alors je me suis mis à dépeindre cette réalité. Mon but n'était pas d'écrire des livres qui ne seraient lus que par les gais qui lisent très peu. A ce compte, on photocopie un ou deux exemplaires et ça suffit. Je voulais être lu par tous. C'était un défi. Ce l'est encore. Il y a encore une impression chez les gens qui, s'il y a des gais dans un livre, ce n'est pas pour eux. Je le ressens dans les Salons du livre que je fréquente peu pour cette raison. Beaucoup de lecteurs hétéros sont repoussés par l'homosexualité dans un livre. Ils en prennent un exemplaire, lisent la quatrième de couverture, puis replacent le livre du bout des doigts me regardant avec un sourire gêné, mal à l'aise. 

 

Cela dit, mon lectorat se compose surtout de femmes hétérosexuelles. Je crois qu'elles aiment lire que des hommes puissent s'aimer, faire preuve d'affection entre eux. Ca les change peut-être de certains hétéros parfois rustres qui les entourent. 

 

Mes personnages vivent au travers des âges des années 1980 à 2010, avec l'évolution des sociétés. Leur quête est universelle, celle d'être heureux. Leurs craintes aussi, celle d'être seul, celle d'être pauvre, celle d'être malade, celle de mourir. Leurs désirs d'amour et de succès sont les mêmes que pour les hétéros. La seule différence est que mes personnages sont gais. 

 

Finalement, ce qui m'a vraiment fait plonger dans l'écriture romanesque, l'élément déclencheur, a été un cours d'écriture... dramatique. J'avais suivi ce cours à Edmonton (Alberta, Canada) dans le but d'améliorer mon style de rédaction dans mes repotages télévision. J'ignore si cela a eu l'effet escompté, mais depuis j'écris. 

 

Lors de votre travail sur les Histoires du Village, aviez-vous tous les personnages en tête depuis le début ou bien votre plume s'est-elle laissée guider au fil de la construction du récit et des nombreuses intrigues? 

 

J'aimerais vous dire que je me laisse guider par l'inspiration. Or dans mon cas, ça ne vient pas comme ça. Je dois être discipliné. D'abord je prends note des idées qui me viennent à l'esprit au fur et à mesure qu'elles m'envahissent. Cela arrive un peu n'importe où et n'importe quand. Je remplis des feuilles de calepins de notes. 

 

Par contre, quand je m'embarque à proprement dit dans un roman, je planifie tout. J'ai une "bible" pour mes personnages. Ils y sont décrits des pieds à la tête, à partir de la couleur de leurs yeux, à la pointure de leurs chaussures. Date de naissance, date de mort, détails de leur enfance, détails de leurs études... Bref (Non, ce n'est pas bref), je sais tout d'eux. C'est pour cela que rarement, je me trompe quand je dois décrire un personnage dans une action quelconque dans un passage. 

 

Même chose pour les lieux. Je m'y rends, j'y prends des photos, j'écris tout ce que je vois, entends, ou sens. Si le lieu n'existe plus, je fais des recherches pour me documenter. 

 

Je documente aussi tous les évènements qui me serviront d'inspiration. 

 

Puis je scénarise, chapitre par chapitre... Sinon page par page.

 

Quand tout cela est prêt, j'écris. Et ce n'est pas plus facile parce que j'ai fait tout ce travail préliminaire. Ecrire est agonisant, stressant, difficile. Et Pourtant, j'aime ça. Un peu maso, mais bon, c'est ainsi.

 

Puis les corrections et les révisions, encore plus de stress.

 

Enfin quémander les éditeurs. Je dis bien "quémander", car ce ne fut jamais facile de solliciter un éditeur. Ils ont tous froid devant des manuscrits comme les miens. En fait, je dirais qu'ils ont, en général, cette même réaction de dédain que je ressens dans les salons du livre.  

 

Innocence.jpg

 

Votre style d'écriture, à la fois très poétiquement cru et très imagé, semble porté par un style visuel et largement cinématographique. L'idée d'une adaptation télévisuelle ou cinéma ne vous a-t-elle pas traversé l'esprit? 

 

Encore une fois, merci pour vos commentaires sur mon oeuvre (si on peut appeler ça une oeuvre, car je ne suis qu'un petit auteur!). Je suis d'abord et avant tout un journliste de la télévision. Il est fort possible que ça transpire dans mon style. Maintenant, je n'ai jamais eu d'offre. Et je ne saurais pas comment approcher des réalisateurs. J'ai déjà assez de difficultés à me faire publier! 

 

Quel est le personnage que vous aimez le plus dans les Histoires du Village, et lequel pourrait être le plus proche de vous? 

 

Marc et Pierre. Ils sont en quelque sorte, les deux moitiés de moi. L'un plus affirmatif, c'est moi dans mon travail de journaliste. Je suis très très capable de jouer cette comédie pour le bien de mon reportage. L'autre plus soumis. Ca c'est le vrai moi. Je n'ai aucune confiance en moi. Je suis très timide. Je dois lutter contre cela tous les jours. Parfois, quand je suis obligé de participer à un évènement très protocolaire, je suis si mal à l'aise que je cherche un coin pour m'y réfugier, et j'ai surtout hâte que ça finisse pour que je puisse retourner chez moi. Beaucoup de gens s'étonnent de cela, car ils me voient à la télévision. La télévision me permet d'exorciser ce démon en moi, mon manque de confiance en moi, ma timidité. Mais sans caméra ni micro, je me sens vulnérable. 

 

Marc et Pierre s'intervertissent dans les deux premiers titres, à mon image. L'un va être très affirmatif, alors que l'autre se soumet. Puis cest le contraire. Tout dépend des situations. C'est moi. 


 

Accointances.jpg

 


 

Vous êtes passé par plusieurs maisons d'édition pour diffuser vos écrits. Comment jugez-vous le marché actuel de l'édition au Québec ou plus largement dans le monde Francophone. Avez-vous ressenti des freins liés aux thèmes de vos écrits qui pourtant semblent universels? 

 

J'ai un peu anticipé votre question plus haut. Mais voilà, je ne suis pas un auteur connu. Je n'ai pas fait mes preuves. Et mon oeuvre traite de sujets qui indisposent les éditeurs. Ceux-ci sont aux prises avec une réalité bien difficile. Je peux comprendre qu'il ne veulent pas investir dans un livre qui risque de ne pas vendre. D'ailleurs, mes livres ne se vendent pas beaucoup, ce qui leur donne raison. J'ai publié mon premier roman à compte d'auteur, ce qui m'a coûté une fortune. Je n'ai pas les moyens de faire cela. J'ai donc, après avoir essuyé plus de 30 rejets, été publié chez des petits éditeurs, dont un a fermé ses portes et l'autre a cessé de publier du papier. Enfin là, je suis chez Dédicaces. Il est peu diffusé. Il fait cela lui-même. Il publie à la demande aussi. Donc c'est limité pour le moment, mais sait-on jamais, c'est une maison, et son éditeur travaille très fort pour réussir. Je ne peux pas croire que ses efforts ne seront pas un jour récompensés. 

 

Pouvez-vous nous parler de votre dernier ouvrage "Le Journal Intime de Dominique Blodin"? 

 

C'était à l'origine une blague, un défi, écrire un recueil de textes érotiques. J'en avais publié quelques-uns dans un collectif qui a fait patate. Mais bon, avec l'aide de l'artiste Yvon Goulet, j'ai retravaillé le tout. Yvon a fait 11 illustrations. Finalement, c'est un petit livre très chaud, qu'on ne lit parfois qu'avec une main... Mais encore une fois, je me suis laissé prendre, et je me permets d'explorer oplus que la sexualité dans ce livre, plus que l'érotisme, mais la condition humaine, celle des gais, celles des gais dans le monde aussi. Une charmante éditrice a adoré ce texte, elle y a cru. Il a été publié aux Editions de l'Interdit. Encore une fois, ce n'est pas un grand succès commercial. C'est dommage car c'est un livre très drôle par moments...

 

Pour clôturer cette interview, ma dernière question sera la suivante : Si je vous dis "Daniel Généreux", que me répondez-vous? 

 

Je vous réponds que c'est un être adorable qui porte bien son nom de famille. Je vous réponds que c'est l'un de mes personnages préférés. Il fait partie de mon univers théâtral. C'est un personnage de l'Amant de Jacques. J'espère qu'un jour, il vivra sur les planches. 

 

Journal-intime-jpg

 

Encore une fois un grand merci à Didier Pezant pour ses questions et à Denis-Martin Chabot d'avoir répondu. 

 

Si cet entretien vous a donné envie de découvrir les Histoires du Village et l'univers romanesque de Denis-Martin Chabot, je vous conseille de vous rendre sur son site : 

 

www.denismartinchabot.com

 

Pour les Parisiens, ses ouvrages sont disponibles à la librairie Les Mots à la Bouche, 6 rue Sainte-Croix de La Bretonnerie 75004 Paris, mais également à La Librairie du Québec, 30 rue Gay-Lussac 75005 Paris.

 

La Librairie du Québec dispose également d'un service de vente en ligne sur son site : www.librairieduquébec.fr. 

 

 

J'espère que vous ferez très bientôt partie des lecteurs de Denis-Martin Chabot et vous souhaite de bonnes lectures... 

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Denis-Martin Chabot 25/03/2014 21:40

Merci pour cette belle e-terview!
Merci aussi pour ce blogue.
Au plaisir de se revoir lors de mon prochain passage à Paris.

Christophe Gheeraert 26/03/2014 09:12



Mais avec plaisir que nous avons parlé de toi sur le blog. A très bientôt!



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