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Moi j'y crois!

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Promotion des arts et de la culture.


La Roche Guyon : 1000 ans d'histoire dans la vallée de la Seine

Publié par Christophe Gheeraert sur 15 Août 2014, 08:17am

 

Dans la série de ces lieux magnifiques que compte la France, je vous convie à une visite dans le parc national du Vexin français, dans le Val d'OIse à quelques encâblures de la Normandie. 

La Roche Guyon offre un paysage sublîme et présente la particularité de conserver deux châteaux en son sein. En s'arrêtant dans ce village, c'est donc 1000 ans d'histoire que l'on découvre! 

 

Si on remonte le temps, on peut penser, même si aucune découverte archéologique ne l'atteste vraiment, qu'une villa gallo-romaine s'y trouvait aux alentours des IIIème et IVème siècles après J.C. On sait en effet que le plateau du Vexin est occupé depuis la préhistoire et qu'il compte un réseau de villas gallo-romaines comme à Rhus ou à Genainville. 

 

On raconte que Pience, veuve du propritétaire du domaine de la Roche Guyon et plus ancien personnage attaché à ce lieu, a rencontré l'évangélisateur du Vexin, Saint Nicaise, un contemporain de Saint-Denis. Elle fait creuser à l'endroit où s'est déroulé cette rencontre, un sanctuaire. Il se situait là où se trouve la nef ouest de l'actuelle chapelle du château. 

 

 

On a découvert une petite nécropole mérovingienne qui prouve la présence d'une communauté à la Roche Guyon durant le haut Moyen-Âge. 

 

Mais c'est en 911, que le traité de Clair sur Epte évoque la Roche Guyon officiellement. Le site est stratiégiquement situé. Il devient la frontière avec le Duché de Normandie. Un premier chateau troglodytique y est bâti pour défendre l'Ile de France, alors territoire royal. 

 

 

Voilà comment Suger de Saint-Denis décrit le lieu : "Au sommet d'un promontoire abrupt, dominant la rive du grand fleuve de Seine, se dresse un château affreux et sans noblesse appelé La Roche Guyon. Invisible à sa surface, il se trouve creusé dans une haute roche. L'habile main du constructeur a ménagé sur le penchant de la montagne, en taillant la roche, une ample demeure pourvue d'ouvertures rares et misérables". 

 

Cette description est peu flatteuse, mais le lieu a la particularité de dominer les vallées de la Seine et de l'Epte, ce qui est en fait un point de défense et une place forte. 

 

En 1190, on y construit un donjon qui est relié au château par un escalier souterrain d'une centaine de marches, creusé à même la falaise. 

 

C'est à partir du XIII ème qu'est bâti le manoir d'en bas, ce qui laisse peu à peu le château troglodytique à l'abandon. Mais l'ensemble des deux châteaux et du donjon en fait une remarquable forteresse double. 

 

 

C'est la famille Guy de La Roche qui est propriétaire de ce fief du Xème au XVème siècle. Au XIIème siècle, le seigneur Guy de La Roche est un fidèle vassale de Philippe Auguste, qui séjourne au château en 1185. En récompense de sa loyauté, le roi lui accorde le droit de péage des bâteaux naviguant  sur la Seine, puis le droit exclusif de chasse partagé avec le roi dans la forêt d'Arthies. Le droit de péage est une source importante de revenus pour la famille de La Roche. En échange de ce droit, les seigneurs doivent garantir la navigalité du fleuve, l'entretien des berges, le dragage puis à partir de 1480, le halage des navires.

 

Durant la Guerre de Cent Ans, Guy VI de La Roche, epouse Perrette de La Rivière, fille de Bureau de La Rivière, Premier Chambellan des rois Charles V et Charles VI. Il est tué lors de la bataille d'Azincourt le 25 octobre 1415. Sa veuve prend alors parti pour les Armagnacs tout comme ses voisins de Château-Gaillard et des Deux-Goulets. 

 

En 1419, Rouen, Vernon et Mantes tombent aux mains des Anglais. Un détachement dirigé par Richard de Beauchamp, Comte de Warwick, est envoyé à La Roche Guyon, mais le château se révèle imprenable. S'ensuivent 6 mois de siège. Henri V d'Angleterre demande une entrevue à Dame Perrette. Elle reçoit la proposition de quitter le château ou de prêter serment, ce qu'elle refuse. Le château est alors occupé par les Anglais et Perrette de La Rivière rejoint la cour du Roi de Bourges. La seigneurie est confiée à Guy le Bouteillier, qui la conserve jusqu'en 1439, avant que son fils ne lui succède. En 1449, le château est repris par Guy VII de La Roche, le fils de Dame Perrette. 

 

Guy VII de La Roche meurt en 1460, sans héritier mâle. Sa fille Marie épouse Bertin de Silly, Chambellan du roi Louis XI, en 1474. Le fief passe alors à la famille de Silly jusqu'en 1628. 

 

 

C'est à cette période que le château perd sa fonction défensive et se transforme en résidence où de nombreuses personnalités séjournent, comme les rois François 1er et Henri IV. Le fief s'élargit. En 1513, il s'étend de Copières à Arthies au nord, à Rolleboise au sud, de Aincourt et Guernes à l'est et Limetz à l'ouest. Le seigneur détient le droit de justice et perçoit les impôts et revenus. 

 

En 1628, le domaine devient la possession de la famille Rohan-Chabot. En 1659, c'est à la famille La Rochefoucauld que revient le fief, par le mariage de Jeanne du Plessis-Liancourt avec François VII de La Rochefoucauld. Le château est toujours dans cette famille aujourd'hui. 

 

 

Au XVIIIème siècle, Alexandre de la Rochefoucauld entreprend de grands travaux au château et dans le village. ils seront poursuivis par sa fille Marie-Louise de La Rochefoucauld. Habitués au faste de la cour de France, le manoir médiéval de la Roche Guyon ne leur convient pas. 

 

En 1733, le château est doté d'une entrée baroque monumentale, qui est percée dans le rempart est. Elle donne sur un grand escalier qui débouche sur la salle des gardes et des salles de réception. En 1739, la cour d'honneur est entourée de communs qui remplacent les anciennes bâtisses médiévales. 

 

 

Cependant, la cour basse conserve son apparence médiévale. Le duc fait appel à l'architecte Louis Villars, qui va construire des écuries, semblables à celles de Chantilly, entre 1740 à 1745. Une grille d'entrée est installée sur laquelle se trouve la couronne ducale et les armes de la famille La Rochefoucauld. 

 

Deux pavillons sont également ajoutés au château, puis un petit observatoire est créé sur la terrasse occidentale. 

 

En octobre 1793, pour éviter que le donjon ne tombe aux mains des contre-révolutionnaires, le conseil général de Seine et Oise ordonne sa destruction. il se sera arasé d'un tiers. le travail n'est cependant pas terminé. Et le donjon s'élève toujours à 20 mètres de nos jours. Les pierres récupérées serviront à la construction de bâtiments au coeur du village. 

 

En 1862, afin qu'elles soient protégées et conservées, les ruines de l'ancien château sont classées monuments historiques. 

 

 

Le nouveau château est classé quant à lui le 6 janvier 1943. 

 

Le château de La Roche Guyon sera occupé dès février 1944 par l'état-major du General feld marschall Rommel, responsable de la défense des côtes françaises contre le débarquement. Il fera de la Roche Guyon le siège de son quartier général. 

 

Rommel

 

des souterrains seront alors creusés au pied de la falaise, pour abriter des munitions. Des pares éclats en béton sont disposés dans les cours du château. Rommel s'installe dans le pavillon d'Enville, pendant que la famille de La Rochefoucauld occupe l'étage supérieur du château. 

 

Sentant que la défaite allemande est proche de nombreuses rencontres secrètes sont organisées au château. Le 4 juin 1944, Rommel est en permission à Ulm. A la nouvelle du débarquement, il revient précipitamment à la Roche-Guyon. Le 17 juin, il rencontre Hitler près de Soissons. Il tente de le faire venir à la Roche Guyon dans le but de le faire arrêter. Mais le Führer préfère rentrer en Allemagne. 

 

 

Le 17 juillet, Rommel est gravement blessé lors du bombardement de sa voiture au retour d'une tournée d'inspection du front en Normandie. le 19 juillet, c'est le maréchal Hans Günther Von Kluge qui arrive à la Roche Guyon pour le remplacer. Lors d'un dîner organisé au château, Von Kluge refuse de se rallier aux idées de Von Stulpnagel qui désire soutenir la rébellion et capituler. Von Kluge se suicide le 18 aout. Quant à Rommel, accusé de haute trahison, il reçoit l'ordre de se suicider le 30 octobre 1944 afin de se préserver, ainsi que sa famille, d'une arrestation et d'une condamnation à mort. 

 

Le 18 aout 1944, les allemands évacuent la Roche Guyon. Le village est bombardé par les alliés le 25 aout 1944. Les communs du château, la toiture des écuries sont anéantis. Le château est éventré. 

 

Après la guerre, des travaux sont mis en oeuvre afin de restaurer le château. ils auront lieu jusqu'en 1959. 

 

En 1987, le mobilier, la décoration et la bibilothèque du château sont vendus aux enchères lors de la succesion de la Duchesse de La Roche Guyon. 

 

Le château a subi des actes de vandalisme et le manque d'entretien ont rendu sa restauration nécessaire. S'il reste la propriété de la famille La Rochefoucauld, le château est cédé par bail emphythéotique au Conseil général du Val d'Oise et reprend peu à peu vie. Il est ouvert au public depuis 1994. Du mobilier, des objets d'art et des tapisseries tissées par la manufacture des Gobelins y sont exposés. 

 

A noter que la Roche Guyon est le décor d'un des albums de la série de Blake et Mortimer, paru en 1960, Le piège Diabolique. 

 

 

En visitant le château ce n'est pas moins de dix siècles d'histoire qui s'offrent à nous. Et ça, ça vaut tous les livres d'histoire! 

 

 

Alors bonne visite!

Le Château de La Roche Guyon 1 rue de l'Audience 95780 La Roche Guyon, jusqu'au 26 octobre, ouvert du lundi au vendredi de 10h à 18h et le week-end et les jours fériésde 10 à 19h. 

 

Pour plus d'informations : http://www.chateaudelarocheguyon.fr/

La Roche Guyon : 1000 ans d'histoire dans la vallée de la Seine

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