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Moi j'y crois!

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Promotion des arts et de la culture.


PlayTime de Jacques Tati revient en très haute définition!

Publié par Christophe Gheeraert sur 22 Juillet 2014, 18:17pm

Catégories : #cinéma

 

Le cinéma a quelque chose de magique. Les avancées technologiques qui concernent le 7ème Art, permettent parfois de donner une nouvelle jeunesse à des films devenus cultes et qui font partie des chefs d'oeuvre du grand écran. 

 

Ils nous donnent également la possibilité de se rendre compte à quel point certains réalisateurs étaient visionnaires. C'est d'autant plus flagrant lorsque ces derniers n'étaient pas spécialement compris de certains de leurs contemporains. 

 

C'est le cas de Jacques Tati. Alors quand l'un de ses films, PlayTime, ressort en salle dans une version très haute définition, on ne peut que s'en réjouir. 

 

Jacques Tati, de son vrai nom Jacques Tatischeff, est né au Pecq dans les Yvelines le 9 octobre 1907. Enfant il est un élève plutôt médiocre. A 16 ans il quitte l'école pour entrer dans l'entreprise d'encadrement que dirige sa famille. Apprenti, il est formé par son grand-père. 

 

Jacques Tati enfant

 

En 1927-1928, il fait son service militaire au 16ème régiment de dragons de Saint-Germain-en-Laye. Il fait par la suite un stage à Londres, durant lequel il s'initie au rugby. A son retour il intègre le Racing Club de France. Et c'est dans ce cadre qu'il va dévoiler sa nature comique. 

 

Vers 1931, il abandonne son métier d'encadreur et va commencer à se produire sur scène, il met au point un numéro "Impressions sportives". En 1935, il participe au gala pour Le Journal. Puis il se produira au théâtre Michel avant d'être engagé dans la revue dirigée par Marie Dubas à l'ABC. 

 

Impressions Sportives

 

Il participe également à quelques films durant les années 30 : "Oscar, Champion de Tennis" de Jack Forrester, "On demande une brute" de Charles Barrois, ou encore "Soigne ton gauche" de René Clément. 

 

En septembre 1939, il est mobilisé au 16ème Régiment de Dragons avant d'intégrer une nouvelle unité avec laquelle il va participer à la Bataille sur la Meuse en mai 1940. Lors de la débâcle, il se replie en Dordogne où il es démobilisé. 

 

Entre 1940 et 1942, il présente "Impressions sportives" au Lido. Il fait la connaissance d'une danseuse autrichienne, Herta Schiel, qui a quitté son pays au moment de l'Anschluss. Herta donne naissance à Helga Marie-Jeanne à l'été 42. Tati ne reconnait pas l'enfant et quitte Herta. Il quitte le Lido et Paris, pour écrire avec le scénariste Henri Marquet "L'Ecole des facteurs". 

 

 

Il se marie le 25 mars 1944 avec Micheline Winter et reprend le chemin des studios à la fin de la guerre. S'il est un temps envisagé pour jouer dans "Les Enfants du Paradis", il sera finalement "le fantôme" dans le film "Sylvie et le Fantôme" de Claude Autant-Lara et fait partie de la distribution du "Diable au Corps" du même réalisateur. Il fait alors la connaissance de Fred Orain qui dirige les studios de Saint-Maurice et de la Victorine. 

 

Ensemble, ils fondent les productions Cady-Films à l'origine des trois premiers films de Tati. 

 

En 1946, il réalise un premier court-métrage "L'Ecole des Facteurs". 

 

 

Son premier long-métrage, c'est "Jour de Fête". Le tournage commence en 1947 et s'achève en 1948. Mais les distributeurs sont réticents, et le film ne sort que le 4 juillet 1949 en France, après une sortie triomphale à Londres en mars 1949. 

 

 

Si les critiques françaises sont peu élogieuses, le public accueille avec enthousiame ce "Jour de Fête", qui recevra le Grand Prix du Cinéma Français en 1950. A l'origine, le film devait être l'un des premiers films français en couleur. Cependant,  le système couleur Thomsoncolor n'est encore qu'à un stade expérimental. "Jour de Fête" sort donc en noir et blanc. Il faudra attendre 1995 pour qu'une copie couleur soit présentée au public. 

 

C'est sur la plage de Saint-Marc-sur Mer, en Loire-Atlantique, que Tati tourne "Les Vacances de Monsieur Hulot". Le personnage central de ce film a été inspiré par un véritable Monsieur Hulot, à savoir le grand-père de Nicolat Hulot. 

 

 

Le film sort en 1953 et va recevoir de nombreuses récompenses, parmi lesquelles le Prix Louis-Delluc. Les Vacances de Monsieur Hulot est l'un des films français préférés de cette époque. 

 

A partir de 1954, Tati commence à songer à son prochain film. Mais en 1955, il est victime d'un grave accident de voiture dont il gardera une infirminité de la main gauche. Il est dès lors plus faible physiquement. 

 

Les revenus générés par Monsieur Hulot sont importants, mais Tati se sent lésé par son associé Fred Orain. Ils décident donc de se séparer. Il monte sa propre maison de production Specta Films qui voit le jour en 1956. 

 

 

C'est en 1958 que sort "Mon Oncle", le premier film en couleur de Jacques Tati. Une version anglaise, "My Uncle" est également montée, elle est un peu différente par le scénario et la durée. Le film permettra à son auteur de remporter des récompenses tant en France qu'à l'étranger, dont l'Oscar du Meilleur Film étranger. 

 

 

Les années 60 seront essentiellement consacrées à son nouveau projet "PlayTime", qui ne se montera pas sans difficulté. J'y reviendrai dans un instant. 

 

 

Dans les années 1970, Tati réalisera encore deux longs-métrages, "Trafic" et "Parade" et reçoit un césar d'honneur pour l'ensemble de sa carrière en 1977. 

 

Il meurt d'une embolie pulmonaire le 4 novembre 1982. Dans un article qu'il consacre au réalisateur, Philippe Labro écrit "Adieu Monsieur Hulot. On le pleure mort, il aurait fallu l'aider vivant."

 

 

Et c'est vrai que l'aventure "PlayTime" a largement affaibli Jacques Tati. 

 

PlayTime est en fait une succession de six séquences reliées entre elles par la présence de deux personnages qui se croisent, Barbara, une jeune touriste américaine qui visite Paris et Monsieur Hulot qui a rendez-vous avec un personnage important. 

 

 

On y découvre grâce à eux, un Paris futuriste avec des immeubles faits de verre et d'acier, digne du quartier de la Défense. Des bureaux modernes dans lesquels Monsieur Hulot finit par se perdre. Une exposition qui dévoilent des inventions qui vont transformer notre quotidien, comme une porte silencieuse ou encore un balai à phares. Un appartement ultra-moderne dans lequel Monsieur Hulot retrouve un camarade de régiment. Un club dernier cri que l'on inaugure... Toute cela pour finir sur un ballet de voitures, pour se rendre à l'aéroport. 

 

 

Vous l'aurez compris, "PlayTime" est une critique de nos sociétés modernes. 

 

"PlayTime" est tourné en 70 mm, ce qui est très rare en France où l'on privilégie le 35 mm. Pour expliquer ce choix Tati disait à l'époque "Si je tourne super 8, je vais filmer une fenêtre, en 16 mm je vais en avoir quatre, en 35 mm je vais en avoir 12 et en 70 mm, je vais avoir la façade d'Orly". 

 

De quoi montrer l'immensité de certains bâtiments par rapport à l'homme. 

 

 

Tati est particulièrement perfectionniste lors du tournage de "PlayTime". Il fait construire une ville moderne entière, "Tativille", sur un terrain vague qui jouxte les studios de Joinville-le-Pont. Pour cela ce n'est pas moins de 1200 m² de vitres, 3500 m² de revêtements plastiques, 3000 m² de bois et 45000 m3 de béton qui seront utilisés. 

 

Le tournage dure près de 3 ans entre 1964 et 1967. 

 

 

La durée du tournage épuise l'équipe. De plus les exigences du scénario, entraine un coût exhorbitant. Stéphane Goudet, parle de l'équivalent de 30 à 100 millions de nos euros. Du jamais vu pour l'époque. 

 

Selon le scénario, le film devait durer plus de 3 heures. En décembre 1967, c'est une version de 2h34 qui est projetée, avant de présenter très vite un montage de 2h15. Pour l'anecdote, Tati avait écourté son scénario durant le tournage, en arrachant 40 pages. 

 

 

Dans la version finale, la fin du film peut paraître quelque peu improvisée si on la compare à ce qui était prévu. Selon le scénario, un personnage devait sortir de l'écran pour être projeté en ombre chinoise sur les murs de la salle, pour que le spectateur comprenne que le film était un reflet de la vraie vie. Une société travaillait même sur les trucages nécessaires à cette séquence. Cependant Tati a du y renoncer faute de moyens. 

 

Mais "PlayTime" s'avère être un échec commercial. Certains critiques n'ont pas été tendres avec le film. Ainsi Henry Chapier le qualifie de navet monumental. Malgrè l'Oscar pour "Mon Oncle", le marché américain refuse de distribuer "Playtime". La société de production de Tati  fait faillite. Le réalisateur voit Specta Films placée sous administration judiciaire, ses films antérieurs sont mis sous séquestre par décision de justice. Il vend la maison familiale de Saint Germain en Laye à la mort de sa mère. 

 

 

En 1974, la liquidation de la société Specta Films et tous les droits et les films sont vendus aux enchères pour la somme dérisoire de 120 000 francs. 

 

"PlayTime" qui n'est pas sans rappeler les univers développés dans Métropolis de Fritz Lang, ou Alphaville de Godard, a inspiré Blake Edwards pour une des scènes de The Party. 

 

 

Beaucoup y voit le chef-d'oeuvre absolu de Tati et David Lynch considère "PlayTime" comme l'un des plus grands films de l'histoire du cinéma. Dans tous les cas, on peut en parler comme d'un modèle du genre. 

 

En 2002, le film resort dans une version restaurée. Entre-temps "PlayTime" est devenu culte. 

 

Et aujourd'hui, il revient en "4K", c'est à dire en ultra haute définition, ce qui permet d'aller plus loin dans le travail de restauration. 

 

 

Ce film "Exceptionnel, l'oeuvre la plus ambitieuse et la plus visionnaire de Tati" si l'on en croit Jérôme Deschamps, qui gère avec Macha Makeieff "Les Films de Mon Oncle", qui restaure et réédite les films du réalisateur, nous est présenté "Comme jamais Tati l'a vu ou écouté". 

 

C'est donc le moment de rédecouvrir ce film hors-norme. A noter, et c'est là la cerise sur le gâteau, le 6 août prochain c'est l'oeuvre complète de Tati qui ressortira en salle. 

 

Il n'y a pas à dire, l'été 2014 sera totalement Tati! 

 

 

PlayTime de Jacques Tati, en salle depuis le 16 juillet. 

PlayTime de Jacques Tati revient en très haute définition!

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